La femme au miroir d’Eric-Emmanuel SCHMITT

Publié le par LAURA

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Editions Albin Michel – 2011 – 458 pages

4è de couverture

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale du début du siècle, Anny Lee à Los Angeles de nos jours. Trois destins, trois aventures singulières, trois femmes infiniment proches tant elles se ressemblent par leur sentiment de différence et leur volonté d'échapper à l'image d'elles-mêmes que leur tend le miroir de leur époque. Tout les éloigne de ce que la société, leur entourage, les hommes ont décidé à leur place. Anne la Flamande ressent des élans mystiques qui l'entraînent vers le béguinage. Hanna, une des premières patientes d'un disciple de Sigmund Freud, enfreint tous les codes familiaux et moraux de son temps. Anny, dont le talent annonce une fulgurante carrière d'actrice, pourrait se révolter contre le modèle hollywoodien. Egalement insoumises et rebelles, laquelle trouvera, et au prix de quels combats, sa vérité et sa liberté ? Or, de manière inattendue et par une suite de hasards objectifs ménagés par l'auteur avec une habileté extrême, ces femmes vont devenir, par-delà le temps, les héroïnes d'un seul et même roman.

(source : éditeur)

L’auteur :

clip_image004 déjà présenté par moi, ici ! mais qui parle de son roman dans cette vidéo.

Mon avis : Étoile ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile

Très, très beau roman.

Ces trois femmes dont on suit les histoires en parallèle, vivent une autre vie que celle à laquelle elles aspirent. Elles se sentent « différentes », ne veulent pas donner ce que l’on attend d’elles : une vie de couple, des enfants…. et sont à la recherche de leur réalité, de leur vérité ; lorsqu’elles en prennent conscience, elles n’hésitent pas à tout bouleverser et assument leur choix.

Eric-Emmanuel Schmitt nous offre une très belle analyse des pensées féminines, avec les réponses que chacune tente de trouver dans sa quête  : la nature et l’amour absolu des autres pour Anne, la psychanalyse et l’écriture pour Hannah, les drogues et le jeu cinématographique pour Anny, et où chacune peut s’abstraire d’elle-même et être cette autre, envers d’elle-même dans le miroir.

Les trois époques sont bien retracées mais j’ai un faible pour Anne de Bruges, à la fois parce qu’elle est à l’origine de tout, mais aussi pour Bruges, cette ville magique et son béguinage. Je revois le lieu, si paisible, arboré, entouré d’eau où cygnes et canards glissent dans le paysage et participent à l’atmosphère de calme et de sérénité.

Il faut pratiquement arriver à la 400è page pour découvrir le lien entre les trois vies, mais c’est bien vu, alors pas d’impatience ! Juste le plaisir de savourer l’écriture de l’auteur, tellement cela coule, fluide, envoûtant, et d’apprécier ses maximes : *La réalité, c’est le rêve qui revient le plus souvent. (p.311) *Un don, c’est exécuter spontanément ce que les autres doivent apprendre. (p.331) *être riche, c’est se débarrasser du souci de l’argent. *Le pire côtoie le meilleur, tout se vaut sans que rien ne vaille.

Une lecture de rentrée à ne pas manquer, que je vous recommande vivement.

Citations, bons mots, trouvailles littéraires :

*Le jour se coucha en fanfare, ciel de cuivre et lumières éblouissantes, dont les résonances dorées rebondissaient de nuage en nuage.

*L’esprit, tel un navire, ne se réduit pas à sa vigie, la conscience ; sous le pont il comporte des réserves –la mémoire-, des ateliers –l’imagination-, des couloirs et des escaliers qui descendent encore vers des zones impénétrables, des cales effleurées par la lumière intermittente de nos rêves, des soubassements totalement obscurs. En définitive, la guérite de la conscience ne constitue qu’un point minuscule, extérieur, superficiel, entre ce qui vient du monde et ce qui monte des profondeurs de notre soute.

Le corps représente davantage que ce que nous en percevons, plus vaste que ses rares parties accessibles à nos sensations ou à nos ordres… depuis notre naissance, il a grandi sans que nous nous en mêlions, et il vieillira sans que nous l’en empêchions. (p.136)

*Lorsqu’en début de séance, elle s’asseyait, la face nue, devant la glace, elle avait l’impression de manquer de visage, n’apercevant qu’un brouillon, une esquisse sans traits notables, dépourvue d’émotions, tel le sable lisse sur la plage après que la vague s’est retirée. Heureusement, l’armée des maquilleuses s’attaquaient à ce néant, luttaient, fabriquaient à Anny une tête précise, expressive, capable de raconter une histoire ou d’imprimer la pellicule. (p.104)

*Une telle séance la vidait comme si, un à un, les clichés lui avaient retiré des gouttes de sang (…) Les peuples qui refusaient d’être photographiés partageaient son malaise : nous prendre notre image, c’est nous voler une partie de nous-mêmes (…) ces photographes l’avaient découpée, morcelée, fracassée en mille pièces. Elle devait maintenant s’isoler pour se reconstituer. (p.108)

*un paysage mouvant, accidenté, où soudain un adagio fournit le baume de sa grâce, tel le soleil perçant les nuages pour dorer une vallée qui fut ombreuse.

*Pourquoi un seul homme en vaudrait-il plusieurs ? Qui a dit que l’amour était monogame ? Enfin, « moniandre » dans ton cas… Où a-t-on établi que la sexualité devait se réduire à un morne ressassement ? Comment justifier que l’ennui soit l’unique destin de l’accouplement ?

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zazy 26/09/2011 16:39


Je n'arrive pas à sauter le pas et lire un autre roman de lui !!!!


LAURA 27/09/2011 21:25



Celui-ci vaut vraiment le coup !!