La répétition d’Eleanor CATTON

Publié le par LAURA

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Edition DENOEL d’ailleurs - 437 pages – 2011

4è de couverture

Un scandale éclate dans un lycée de jeunes filles : M. Saladin, le professeur de musique, est renvoyé pour avoir entretenu des relations coupables avec l’une de ses élèves, Victoria. Les camarades de classe de l’adolescente et sa jeune sœur se confient tour à tour à leur professeur de saxophone. Toutes sont en émoi, comme brusquement propulsées dans un monde de désir, de choix, de fantasmes dont elles pressentent obscurément qu’ils forgent la vie tout entière. Les adultes, englués dans leurs angoisses et leur lâcheté, essaient tant bien que mal d’endiguer l’onde de choc. L’affaire agite les conversations jusqu’à l’obsession et l’école de théâtre locale finit même par l’adapter en pièce de fin d’année, brouillant définitivement les frontières entre réalité et fiction. En cours de saxophone ou sur les planches, les jeunes personnages expérimentent leur propre désir et celui d’autrui. En sortiront-ils indemnes ? De cette affaire tristement banale, Ellie Catton tire un formidable roman d’apprentissage – juste, bouleversant et, surtout, extrêmement original.

L’auteur :

imageEllie CATTON est née en 1985 au Canada et à grandi en Nouvelle Zélande. Elle a écrit ce roman alors qu’elle n’avait pas 23 ans ; il est immédiatement salué par le public et la critique.

(source : éditeur)

Mon avis : ««««

Voilà pour le moins un livre original ! On n’y entre pas facilement, mais cela vaut le coup de forcer la porte…

Il est original non dans son sujet, mais original dans la façon dont celui-ci est traité, dans sa structure narrative : les élèves racontent et décryptent l’histoire avec leur prof de saxo (le texte est au présent), d’autres vont en faire le sujet de la pièce de leur cours de théâtre (le texte est au passé).

Original aussi dans l’écriture ; c’est loin d’être une littérature avec phrases longues et travaillées, mais c’est précis, clair et traversé d’une foule de réflexions jetées à notre face, (cf. citations), sur l’adolescence, sur le désir, sur le théâtre (la scène, le mime…), sur la lâcheté des adultes….

L’auteur analyse les apprentissages, les tourments et les roueries des adolescentes avec un regard aiguisé, d’une grande justesse. « Le bref été séparant le lycée du monde au-delà avait vu tourner un bouton de commande cosmique : la connaissance de soi était désormais une qualité conférant à une fille une patine sombre et suggestive, une insolente autosuffisance, un attrait tout ensemble expérimenté et blasé et désirant. p.101»

On lui reprocherait juste quelques petites longueurs mais que l’on excuse volontiers tant l’originalité d’une écriture aussi mature est surprenante chez une si jeune écrivaine.

A lire sans retenue !!

Citations :

* la jalousie est une composante essentielle de tout environnement scolaire, car la jalousie signifie la compétition et la compétition signifie l’excellence. Ce n’est donc qu’une fois certain que mes élèves sont fin prêtes à devenir très jalouses les unes des autres que je choisis mon bouc émissaire, ce qui n’est pas facile. Bien moins que d’offrir un délai supplémentaire à une élève qui n’en a pas besoin. C’est une affaire épineuse…. (p.68)

*Le truc c’est de choisir la fille la moins originale de la classe. Une personne sans originalité qui sera assez bête pour se croire distinguée.., qui croira, lorsque je ferai rire d’elle, que tout le monde rit avec… (p69)

*Je suis un bon enseignant, aimé de mes élèves (…) en désignant une victime expiatoire pour le compte de toutes les autres… Il serait temps d’apprendre que la vie est injuste. (p.69)

*Elle regarde les filles entrer d’un pas allègre (…), bras dessus dessous avec leurs meilleures copines, avançant groupées, formant des escadrons carrés de copineries. Lorsque le carré se défait pour rejoindre une rangée, elles franchissent l’écueil à grands coups de coude (…), craignant de se retrouver un jour dans les places terribles à l’extrême périphérie de la bande, qui obligent à (…) redemander à tout bout de champ : (…) « Pourquoi vous vous marrez ? Qu’est-ce qu’elle a dit ? »

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