Le cas Sneijder de Jean-Paul DUBOIS

Publié le par LAURA

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Editions de l’Olivier – octobre 2011 – 218 pages

4è de couverture

« Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant, je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie… »

Victime d’un terrible –et rarissime- accident d’ascenseur dans une tour de Montréal, Paul Sneijder découvre, en sortant du coma, qu’il en est aussi l’unique rescapé. C’est le début d’une étrange retraite spirituelle qui va le conduire à remettre toute son existence en question. Sa femme, ses fils jumeaux, son travail, tout lui devient peu à peu indifférent. Jusqu’au jour où, à la recherche d’un emploi, il tombe sur la petite annonce qui va peut-être lui sauver la vie.

L’auteur :

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Jean-Paul DUBOIS est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement.

Journaliste, puis grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur, il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002).
Écrivain, Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans, Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, etc. Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996) et le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une Vie française.

(Source : Livre.fnac)

Mon avis : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile

J’ai beaucoup aimé ce court roman qui allie gravité et dérision, relatant la débandade inexorable de la vie de Paul, mais en même temps sa prise de conscience de ce qu’est et doit être la vie.

Toute une réflexion sur la verticalité que l’ascenseur a apporté à la vie des urbains ("le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser  sur leurs pattes arrière et de se tenir debout"),  avec beaucoup de détails techniques au gré des lubies de Paul, mais ça n’est jamais lassant. L’épisode du dog walker  est savoureux bien que  son côté désespéré  ne prête guère à sourire.

Pas de pathos malgré la situation de départ, mais des remarques chocs (par exemple quand il dit  passer  la soirée avec sa fille, en réalité avec l’urne contenant ses cendres), et une quête intense et une soif de croire en l’humain qui, hélas, sera quelque peu étanchée à la manière forte.

Les personnages sont bien « vus » même si pas particulièrement sympathiques : les Keller, femme et jumeaux, avocats fiscalistes imbuvables  ("Juste une aberration spermatique, une fuite intempestive de liquide séminal"), réfrigérants à souhait, Charistéas, un peu à l'Ouest avec sa passion des palindromes chiffrés, il n’y a guère que l’avocat Wagner-Leblond qui apporte un peu de soutien à Paul, que la mort de sa fille Marie, à ses côtés dans l’ascenseur, détruit à petit feu.

C'est plein de subtilités, un style d’écriture que j’aime beaucoup, que je retrouve avec plaisir depuis « une vie française » et « vous plaisantez, M. Tanner ? », une belle utilisation de notre langue et des formules originales (« de brefs dialogues désincarnés, une sorte de morse de salon ») m’amènent à vous recommander cette lecture.

Citations, bons mots ou trouvailles littéraires :

*Je me retrouvais seul, sorte de factotum accrédité, pourvoyeur génétique affublé d’un permis de conduire pour faciliter les transports.

*La rouille perforait avec patience les bas de caisse, grignotait les lèvres des ailes et les contreforts des portières. Cà et là, sur la malle et le capot, des bubons de peinture oxydés laissaient entrevoir l’âme brunie de la tôle.

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