Mon âme au diable de Jean-Pierre GATTEGNO

Publié le par LES PASSIONS DE LAURA

MON AME AU DIABLE Partenariat AMAZON 

Editions Calmann-Lévy – 225 pages - 4è de couverture :

Six mois ont passé depuis la rentrée et Théodore Simonsky, obscur professeur vacataire, n’a encore effectué aucun remplacement ni perçu le moindre salaire. Sa situation est devenue si critique qu’il est prêt à accepter n’importe quelle mission. Or, voilà que Thomas Guérini, un haut fonctionnaire du ministère de l’Education Nationale, lui propose un poste au collège Verdi dans le XIXè arrondissement. Le climat délétère de cet établissement, les exactions des élèves, leurs turpitudes et leur agressivité ont transformé cet endroit en un véritable cauchemar pour les professeurs.

Thomas Guérini n’y envoie pourtant pas Théodore Simonsky pour enseigner quoi que ce soit : il lui demande simplement d’assassiner la principale…

Conduit à la manière d’un thriller, ce roman dresse avec humour le portrait du premier professeur tueur à gages rémunéré par le Trésor Public et, à travers lui, celui d’une société toujours plus corrompue.

L’auteur :

Jean-Pierre GATTEGNO est né en 1944. Il enseigne à l’Ecole nationale de Commerce de Paris. Il est l’auteur d’une quinzaine de romans, essais, nouvelles, dont certains primés et/ou adaptés au cinéma comme Mortel transfertj’ai tué Anémie LothombLongtemps je me suis couché de bonne heureUne place parmi les vivants.

Mon avis :

Bien des choses sont réelles dans ce court roman qui se lit très vite (l’appel bidon pour protéger les absentéïstes, les cours sabotés par les petits caïds s’ils en décident ainsi, les violences verbales, insultes et autres injures….). L’auteur manifeste une connaissance assez fine de l’Education Nationale et du sort réservé à certains établissements et à certains enseignants.

Par contre, les situations sont souvent poussées à leur degré ultime, qui les rend complètement loufoques (ex. les bacchanales dans les locaux du collège pendant les vacances). Qu’il y ait des établissements où la situation est bien dégradée, soit, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin non plus ! Même pour les besoins d’une fiction, on peut rester dans le crédible.

Au final, un roman qui se laisse lire, avec un style aisé, qui ne figurera cependant pas sur mon étagère « grands romans ».

Citations :

*Bien que nous fussions seulement en milieu d’après-midi, des prostituées y trainaient déjà. Leur allure me surprit. On aurait dit les survivantes de je ne sais quel désastre.  Sans doute celui de leur vie.

*Jamais je n’avais ressenti à ce point l’absurdité de leur dispenser un savoir qui n’appartenait en aucune façon à leur monde. Il aurait fallu tout reprendre à la base. Quelle base, d’ailleurs ? Etaient-ils jamais partis d’aucune base ? Ils avaient vu le jour sur le sable mouvant, dans un univers inintelligible et fuyant. Un univers qu’on ne leur avait jamais expliqué, et l’on prétendait leur apprendre les langues étrangères ! Et l’on demandait à des professeurs de s’en charger !

*Le semblant est une valeur qui monte, regarde à Paris, il suffit de déverser quelques tonnes de sable sur les quais pour que des crétins se croient sur la Côte d’Azur.

*Pour ces élèves, la vie à Verdi était aussi difficile que pour les enseignants. Ils avaient mal choisi leur naissance. Nés dans l’inculture et le mal de vivre, ils étaient condamnés à y rester.

*Pour arriver, peut-être, à quelque chose, il aurait déjà fallu se débarrasser des 9/10è du collège qui rendaient l’enseignement impossible.

*Pour moi, un professeur c’est un passeur, il conduit ses élèves vers des rivages dont ils n’ont même pas idée. Mais dans les collèges où l’on m’envoie, personne ne monte dans ma barque.

*Nous étions dans un collège Potemkine : travail bidon, notes bidon, appréciations bidon. Ces notes, il est vrai, servaient à justifier les redoublements ou les passages dans la classe supérieure, ce que l’on appelait « évictions par le haut ».

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