ô temps ! suspends ton vol...

Publié le par LES PASSIONS DE LAURA


" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! (Le Lac - Alphonse de Lamartine)
Ces quelques vers magnifiques  pour évoquer ce que j'ai vécu il y a quelques heures...

Ce soir en effet, dans le cadre du Festival Passeurs de Mondes, la Librairie des Halles recevait Alberto Manguel et Gaétan Soucy.
Après la présentation de sa maison d'édition L'Escampette, par Claude Rouquet, Alberto Manguel a présenté l'oeuvre ("les chefs d'oeuvre") de l'écrivain québécois Gaétan Soucy, qui même s'il est encore peu connu en France, est d'ores et déjà un grand nom de la littérature de langue française.
Celui-ci a raconté son expérience de quasi écriture automatique, pour son roman
La petite fille qui aimait trop les allumettes, roman noir à souhait, mêlant à son récit des anecdotes sur sa fille née d'une maman japonaise. Il entendait comme une voix qui le guidait dans l'écriture, ce qui l'a pas mal embarrassé car il avait le sentiment de ne pas maîtriser son écrit, qui fut" bouclé" en un mois, ce qui est fort peu...
Il a enchaîné sur Music-Hall, dont le premier jet date d'une quinzaine d'années, mais qui a eu besoin de tout ce temps et de l'expérience de la Vie,  pour atteindre sa forme actuelle et son aboutissement. Situé à New York, ce roman a amené l'écrivain à nous parler de la signification particulière de cette ville dans l'imaginaire des québécois.
Puis ce fut L'angoisse du Héron - récit ? fable ? roman ? l'auteur lui-même ne sait trop dire le genre de l'écrit, mais est-ce important ? une oeuvre (pour le plaisir je me répète : "un chef d'oeuvre") d'une soixantaine de pages qui se passe dans une institution psychiatrique et qui met en scène L'Acteur, malade catatonique, qui joue le rôle de l'observateur, et Le Cabotin, agité du bocal, qui gesticule et s'agite, tous les deux "piqués de la tête".  Des rebondissements il y en a pas mal ; la langue est recherchée, superbe...
J'ai eu un vrai coup de coeur pour cet auteur, simple, abordable et sympathique. Et puis, il était parrainé par Alberto Manguel (dont j'ai lu cet été La Bibliothèque, la nuit et dont Une Histoire de la lecture m'attend) ; c'était une fête de l'esprit, de l'érudition (tous deux sont professeurs de philosophie) et il y avait dans la salle une vraie communion entre lecteurs.  

Publié dans LIRE

Commenter cet article