Premier jeu d'écriture

Publié le par LES PASSIONS DE LAURA

Dans mon article d'hier, je vous ai parlé des 2 jeux d'écriture que nous avons faits à l'atelier. Dans le premier, la phrase que j’avais notée était : « La libraire ouvrit la porte du magasin ».

Voici les ajouts successifs de mes petits camarades :

1)     La jeune libraire ouvrit la porte du magasin. Plusieurs clients attendaient déjà avec impatience.

2)    La jeune libraire ouvrit la porte du magasin en feu. Plusieurs clients qui attendaient déjà avec impatience s’enfuirent en courant.

3)    Le feu fait peur. Hier, la librairie, celle de la jeune et jolie libraire, à côté de chez moi, s’est enflammée. Les clients fuyaient, aveuglés par la fumée, aussi inconséquents que des insectes. Je les observais. Sans émotion. Pourquoi, mais pourquoi donc, certains évènements tragiques me glaçaient, me pétrifiaient aussi sûrement qu’un entomologiste averti.

4)    Cependant la plupart des insectes ont une capacité de survie au feu extraordinaire. Je devais me rappeler  l’assurance dont mon père, sapeur-pompier de profession, faisait preuve. Je devais aussi me rappeler mon grand-père, Waffen-SS qui brûlait les livres en 1935.

5)    La libraire attendait sûrement que j’agisse. La trouille !! J’avais la trouille, mes jambes flageolaient, j’aurais voulu mourir, j’étais cloué sur place. J’étais un piètre descendant de la lignée des Courageux.

6)    Au milieu des cendres, le lendemain je retrouvai pour tout intact, malgré la violence des flammes et la dévastation des eaux, le petit livre de John Eastman : « Mon cœur s’enflamme ».

7)    Je sortis mon briquet de la poche de mon pantalon et mis le feu au bouquin. Ses cendres chaudes ressemblaient ainsi à mon cœur à moi, que son départ avait consumé.

 

Et maintenant,  le texte que j’ai fait avec  tout ce matériau.

  

TOUT PERDU !

 

Ca y est, tout est prêt ! De hautes piles de livres installés harmonieusement s’élevaient vers le plafond. Cela faisait plusieurs jours que Marina y travaillait ; elle en avait rêvé l’agencement, elle en avait rêvé le succès de cette journée particulière où Didier Van Cauvelaert, LE Didier Van Cauvelaert, viendrait charmer sa fidèle clientèle dans SA librairie, sa modeste boutique dans laquelle elle avait mis tant d’elle-même.

Hier soir encore et jusque tard dans la nuit, elle avait réglé les derniers détails, peaufiné l’organisation. A un moment, le compteur EDF avait sauté ; il faut dire qu’avec ce froid, tout le monde tire sur l’électricité... Qu’à cela ne tienne, elle avait fini aux bougies ! Tout serait prêt, pour son Didier et ses chers clients. Dans moins d’une heure, il serait là…

Un dernier regard d’ensemble et elle ouvrit la porte du magasin. Plusieurs clients attendaient déjà avec impatience. Ils s’engouffrèrent dans la boutique, tels un vol d’insectes attirés par la lumière ; mais, ô suprise, ils ressortirent aussi vite en hurlant : « Au feu, au feu ! » Mais, que racontaient-ils donc ? Marina s’avança aussi vite qu’elle put, faisant avancer son fauteuil roulant vers l’ilôt désigné. Elle ne put que constater que des flammes vives léchaient les colonnes de livres. De grandes langues oranges qui s’enroulaient furieusement autour des piles, montant toujours plus haut, se propageant toujours plus vite.

Marina saisit son téléphone portable pour appeler les secours mais déjà elle entendait les sirènes. Les pompiers débarquèrent dans sa chère boutique, sans ménagement, bottés, casqués, véritables cavaliers de l’Apocalypse. Deux d’entre eux saisirent le fauteuil de Marina et la portèrent sur le trottoir. Elle n’eut que le temps d’en apercevoir d’autres pénétrer à l’intérieur avec leurs lances à eau, prêts à stopper le désastre.

Les clients l’entouraient sur le trottoir avec des mines compassées, rivalisaient de lieux communs pour la consoler mais elle s’en moquait ! Elle avait froid et ce n’était pas dû qu’à la température extérieure. Son cœur était glacé.

Plusieurs heures après, quand le feu fut circonscrit, elle put entrer dans « Trésors de livres », sa boutique. La désolation, la désolation la plus totale ! Ce qui avait échappé au feu s’était trouvé noyé sous l’eau. Plus rien ne subsistait de ses trésors. Elle pleurait à chaudes larmes. S’avançant sur ce qui, il y a quelques heures encore, était le parquet de sa magnifique librairie, elle avisa sous une console calcinée et tordue par les flammes, un volume qui était intact. Quelle ironie ! Il s’agissait de « Mon cœur s’enflamme » de John Eastman. De rage, elle sortit son briquet de la poche de son pantalon et mit le feu au bouquin. Ses cendres chaudes ressemblaient ainsi à son cœur, consumé par les évènements du matin.

Dans une dernière volute de fumée, elle aperçut le visage de Didier Van Cauvelaert qui, tel un phénix, la contemplait et lui souriait.

 

 

Publié dans ECRIRE

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